L’enjeu de l’apiculture biologique
LA PRODUCTION de miel bio recouvre deux dimensions, d’un côté, l’adhésion à un mode de production basé sur le respect des équilibres naturels et, de l’autre côté, la production d’aliments sains, répondant à des normes strictes de qualité, utilisant peu ou pas d’intrants chimiques de synthèse.De manière générale, l’apiculture n’est pas une activité contaminante.Elle ne recourt pas à des intrants chimiques et comporte très peu de risques pour l’environnement.
La seule contamination dont l’apiculture peut être tenue responsable concerne les traitements contre les maladies des abeilles, et leurs résidus éventuels.L’enjeu, pour l’apiculture bio, c’est donc plutôt de trouver un environnement qui ne la contamine pas. D’une part, les ruches doivent être distantes de plus de 3 km (rayon d’action maximum de l’abeille) d’une route fréquentée par des véhicules ; d’autre part, l’agriculture conventionnelle et ses intrants
Les antibiotiques sont utilisés en apiculture pour lutter contre la loque, américaine ou européenne. Ils sont interdits par l’Union européenne, y compris pour l’apiculture conventionnelle : les populations des colonies malades doivent être brûlées, mais les caisses peuvent être désinfectées et réutilisées. Il n’en a pas toujours été ainsi dans les pays grands exportateurs de miel, comme la Chine, l’Argentine et le Mexique, d’où la nécessité d’un contrôle systématique.Contre la loque, le meilleur remède est encore la prévention : un rucher bien soigné et vigoureux ne contractera pas cette maladie.L’industrie pharmaceutique (Bayer,Sandoz, etc.) a mis au point toute une gamme de produits acaricides (Apistan,Bayvarol, etc.) pour lutter contre le varroa, cet acarien d’origine asiatique qui a, aujourd’hui, envahi toute la planète, à l’exception de l’Afrique9. Leur usage en apiculture conventionnelle est autorisé par la Commission européenne, mais interdit dans le cas de l’apiculture biologique.ls doivent être utilisés à bon escient, en alternance, pour ne pas provoquer d’accoutumance du varroa ni laisser de résidus, dans le miel ou les cires. Les déchets – toxiques – de ces produits doivent être soigneusement éliminés. Dans l’apiculture bio,seuls sont autorisés : l’acide formique,l’acide oxalique, l’acide lactique et le thymol
Sources informations Miel Maya Magazine - n° 3 - mars 2007
Pourquoi l’offre ne suit-elle pas la demande ?
L’INTÉRÊT DE plus en plus grand, dans les pays occidentaux, pour les produits certifiés bio rend envisageable la commercialisation à grande échelle de miel certifié bio. Mais l’offre ne suit pas la demande. Pourquoi ? Taurino Reyes Santiago, directeur de Certimex, agence d’inspection au Mexique, nous donne la réponse :Toutes les exigences que nous venons de mentionner ont, bien évidemment, un coût ! Prohibition du sucre non bio pour l’alimentation des abeilles, remplacement des équipements, certification (1500 à 2000 USD par an12), etc. Qui va payer ces frais ? Le producteur vient d’y répondre, par la bouche de Certimex. Mais qu’en pense le consommateur ? jusqu’où est il prêt à payer pour avoir du miel bio ? Car, en définitive, c’est lui qui a le dernier mot. Et la position du commerce équitable dans ce débat ? Lorsque, fin 2004, FLO, l’organisme certificateur du commerce équitable, a révisé les prix d’achat minimum du miel équitable, le différentiel entre le miel bio et le miel non bio a été fixé à 150 USD, soit moins de 10%. Motif vu la stagnation du marché du miel bio à l’époque, il ne fallait pas donner des illusions au producteur bio, en lui proposant un différentiel trop élevé. Il fallait faire du miel bio par conviction. Aujourd’hui, cette décision s’avère être une erreur.
Apiculture biologique et traitements contre les maladies des abeilles
Concrètement, c’est quoi, l’apiculture bio, pour le producteur ?
chimiques (pesticides, insecticides, fongicides) perturbent la vie des abeilles et sont susceptibles de laisser des résidus dans le miel. Par contre, grâce à la pollinisation, l’apiculture apporte beaucoup à l’environnement, en maintenant la biodiversité et en augmentant les rendements de l’agriculture par des moyens tout à fait naturels. Elle est souvent prise en considération par les projets de reforestation, grâce à la valeur additionnelle qu’elle donne au couvert végétal, incitant ainsi à sa conservation ou restauration.
Quand l’inspecteur vient, au nom de l’agence, il supervise le système de contrôle interne, qui doit être bien documenté, et il inspecte ensuite un dixième des ruchers. Ceux-ci sont choisis en partie sur base aléatoire, en partie sur base des observations effectuées lors de la supervision. Les exigences de traçabilité sont très élevées : il faut des locaux et des équipements distincts pour l’apiculture conventionnelle et l’apiculture bio, que ce soit au niveau de l’extraction, du stockage ou du remplissage des fûts. Des registres,complétés à chaque étape, doivent permettre de vérifier la correspondance entre les volumes récoltés,filtrés, conditionnés et commercialisés. La mention « bio »doit apparaître sur l’emballage (qu’il s’agisse d’un fût ou d’un bocal), sur la facture et les documents commerciaux, etc.
La cire et les reines doivent être produites par les apiculteurs membres de l’organisation certifiée. Sinon, ils doivent être achetés à des producteurs certifiés.Ce que le producteur doit changer au niveau de son équipement. Les ruches ne peuvent pas être peintes avec des produits toxiques. Elles peuvent seulement être enduites de cire. Les extracteurs et les tanks de sédimentation doivent être en acier inoxydable ; pendant les premières années, il existe une tolérance et ils peuvent être enduits de cire, à titre transitoire. Les bidons ou les seaux en plastique peuvent être utilisés, s’il s’agit de plastique alimentaire. Le PVC est formellement interdit, de même que les seaux qui ont servi à transporter de la graisse. Il ne peut pas y avoir de poussière dans la salle d’extraction; celle-ci doit respecter les normes d’hygiène du certificateur.Ce que le producteur doit changer au niveau de son organisation administrative. Des inspecteurs internes doivent être nommés. Leur rôle est de superviser les ruchers dans d’autres secteurs que le leur: c’est ce qu’on appelle des inspections croisées. Ils examinent l’état des ruchers, relèvent les points positifs et négatifs et notent leurs observations sur une fiche technique. Les inspecteurs remettent leurs fiches au comité d’approbation,qui les vérifie. Au dos de chaque fiche approuvée figure une carte avec la localisation du rucher. Une carte générale est dressée, avec l’emplacement de tous les ruchers. Ceux-ci sont numérotés et portent l’indication du nombre de ruches et l’estimation de la récolte. Le dossier complet est alors envoyé à l’agence d’inspection (qui peut ou non être la même que celle de certification).
LE MIEL du commerce équitable répond à de sévères normes de qualité. Il doit notamment être exempt de tout résidu d’antibiotiques. Les traitements autorisés contre les maladies des abeilles sont les mêmes que pour l’apiculture bio. Enfin, il provient de régions indemnes de pollution. Dans ces conditions, qu’est-ce qui manque au producteur de miel équitable, qui a déjà fait tous ces efforts, pour être certifié « bio »? Comme on le verra ci-dessous, il s’agit essentiellement de garantir l’origine du miel et d’éviter son contact avec toute substance non certifiée bio. L’interdiction du nourrissement au sucre est également un enjeu majeur.Ce que le producteur doit changer au niveau de son mode de production.Si le rucher se trouve à moins de trois kilomètres d’un chemin ou d’une route fréquentée par des véhicules à moteur, l’inspecteur peut demander de le déplacer et de chercher un autre endroit. Il en est de même si un déversoir d’eaux usées se trouve à moins de 200 mètres. Ces règles peuvent faire l’objet d’interprétation En hiver, les abeilles ne peuvent être nourries qu’avec du miel, sauf en cas de disette, où seul le sucre bio est autorisé. Cette exigence représente un problème pour les apiculteurs mexicains et guatémaltèques, habitués à nourrir leurs abeilles, en période d’hivernage, avec du sucre blanc, qu’ils achètent par sac de 50 kgs, ou avec du sucre de canne local, artisanal et non raffiné,la panela. Dans leur pays, aucun de ces deux produits n’est disponible avec un label bio. Renoncer àcette pratique signifie un manque àgagner pour l’apiculteur équivalentà la différence de coût entre le sucreet le miel non récolté et laissé comme provision d’hiver.
Les produits bio, le miel, le miel bio, ou le miel biologique connaissent un regain d’intérêt : le marché,grandes surfaces en tête, est demandeur. C’est dans ce contexte que le Parlement européen envisage de modifier la réglementation des produits bio. Mais le bio, avant d’être une garantie d’innocuité, c’est d’abord une éthique dans la relation à l’environnement et aux animaux.
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